Notre réactionsuite au premier tour des élections territoriales en Corse du 3 décembre 2017

Passé sous les radars de l’opinion publique et des médias nationaux, le premier tour des élections territoriales a confirmé la forte implantation des nationalistes dans le paysage politique local. La liste d’alliance entre les autonomistes de Gilles Simeoni et les nationalistes de Jean-Guy Talamoni a réalisé plus de 45%, loin devant les deux listes de Droite et la liste En Marche.

Les deux moteurs de l’élection -le dégagisme des élites politiques traditionnelles et le discours identitaire – ont su trouver un écho très fort chez les jeunes générations, dans un contexte de forte abstention.

Si le raz de marée nationaliste est évident, et sans présager du second tour, la noyade collective de la Gauche républicaine dans ses diverses composantes l’est tout autant. Pour la première fois, elle ne sera pas représentée au sein de l’assemblée territoriale. 

Au-delà du débat réducteur et caricatural entre Indépendantistes et Jacobins, entre les « pro-Corses » et le « pro-Continentaux », il est de la responsabilité de notre famille politique de proposer une alternative politique forte et de renouer le dialogue avec les Corses dans les années qui viennent.

Une inquiétante absence d’intérêt politique de notre famille 

L’absence de positionnement politique du Parti socialiste est inquiétante. Les dirigeants nationaux ont délégué la parole de notre famille aux choix tactiques et individuels de sa représentante locale qui s’est déclarée favorable à un accord politique avec les autonomistes avant d’appeler à voter pour eux dès le premier tour. Depuis les résultats du 1er tour, nous sommes toujours dans l’attente d’une position et d’une analyse politiques.

Ce mutisme interpelle pour deux raisons: parce que notre parti ne peut fermer les yeux sur ce qu’il se passe dans une région de notre pays; parce que notre parti a vocation à redevenir une force politique centrale dans les prochains mois.

Parce que nous sommes profondément de gauche, nous souhaitons apporter notre pierre à l’édifice en gardant à l’esprit deux principes directeurs qui doivent guider notre action en tous temps et en tous lieux: la préservation de la paix sociale et la recherche du progrès.

Préserver la paix sociale

Non, la Corse n’est pas la Catalogne, ni la Flandre, ni l’Ecosse, ni la Lombardie. La Corse a une histoire propre. A la suite de décennies de violence politique, la société corse s’est apaisée. C’est une dimension fondamentale que nous devons conserver en tête. Préserver la paix nécessite non pas de faire des compromis avec nos idéaux mais d’entendre les aspirations de nos concitoyens, et notamment de notre jeunesse. La demande d’une reconnaissance de l’identité corse, ayant connu des avancées notables au cours des précédentes années, peut être encore encouragée dans les prochaines. De même, il n’est pas de notre rôle de remettre en question la légitimité historique d’un sentiment particulariste au sein de notre communauté nationale, ni de refaire l’histoire. Nous, responsables politiques de gauche, devons entendre la voix du peuple qui s’exprime démocratiquement et faire en sorte que l’intérêt général prime.

Dans le programme nationaliste, deux points retiennent notre attention: la co-officialité de la langue et le statut de « résident Corse». Sur la co-officialité de la langue corse, nous considérons qu’elle introduirait une rupture fondamentale dans le contrat républicain tel qu’il est écrit aux articles 1, 2 et 3 de notre Constitution. De telles modifications fondamentales, si elles étaient jugées comme souhaitables, ne pourraient être réalisées sans l’accord de tous. Il en va de notre avenir commun. S’agissant du « statut de résident », il nous semble préoccupant de vouloir introduire dans le droit une distinction entre citoyens en fonction de leur appartenance réelle ou supposée à une communauté. En ouvrant cette boîte de Pandore, nous créerions un précédent néfaste.

Tracer un chemin de progrès

La Corse fait face à des enjeux sociaux majeurs. C’est la région la plus pauvre de France avec 20% de sa population vivant en dessous du seuil de pauvreté. C’est une région dont la diversité de son économie ne permet pas, en l’état, d’envisager une pleine autonomie devant présager d’une possible auto-détermination.

Nous devons rappeler que le coût économique et social d’une indépendance de la Corse serait catastrophique. Sans intégration possible à l’Union Européenne, la Corse indépendante verrait ses ressources chuter durablement et devrait nécessairement battre monnaie. Les perspectives de développement économique d’un possible micro-Etat semblent peu importantes et le risque d’une émigration massive réelle. La capacité de la Corse indépendante d’intégrer la compétition régionale et mondiale semble dès lors très incertaine. Comme sur le cas de la Catalogne, il semble fondamental que l’Union Européenne, par le voix de ses représentants, rappelle qu’une adhésion à l’UE sera impossible en cas de sécession.

Face à cela, nous pouvons proposer une autre voie:

  • Nous devons encourager le développement de l’économie locale, notamment fondée sur son aspect qualitatif en accordant une plus grande autonomie économique. La Corse regorge d’atouts, de talents et de richesses. Il faut encourager les savoir-faire locaux dans le domaine agricole, valoriser son littoral et non le détruire en protégeant la terre de la spéculation foncière, aller vers une autonomie énergétique, développer l’éco-tourisme, l’économie de l’innovation et de la connaissance, l’aide à la personne et le secteur non-marchand.
  • Nous devons faire de la Corse un espace central dans une future politique méditerranéenne cohérente. Par sa situation géographique et son histoire, la Corse est notre principale porte d’entrée sur le monde méditerranéen. En encourageant les dynamiques méditerranéennes (coopérations entre les régions) nous donnerions à la région Corse une place particulière dans notre politique internationale.
  • Nous devons réconcilier les jeunes générations avec la Nation française. Cela doit passer par une valorisation culturelle de la langue et de l’histoire, au même titre que les autres territoires de l’hexagone et des Outres-mers. Nous pouvons encourager la mobilité vers le continent en ayant une politique de bourses universitaires particulières ou en diminuant les frais de transports pour les jeunes. L’offre régionale d’enseignement supérieur pourrait aussi être étoffée.
  • Nous devons faire en sorte que l’Etat prenne toutes ses responsabilités pour endiguer les fléaux qui rongent la société corse, et au premier rang desquels la pauvreté. Cela doit aussi concerner la lutte contre le crime organisé, la corruption et le clientélisme. C’est enfin au niveau de ses  services publics qu’une action rapide doit être mise en oeuvre afin de répondre à la désertification médicale en milieu rural, régler définitivement les enjeux des centres hospitaliers et améliorer les infrastructures de transport.

Un horizon à portée de main

La majorité des citoyens corses ne veulent pas de l’indépendance. Ils en mesurent le coût et restent, pour la plus part, profondément attachés à la République Française. Nous ne pouvons uniquement leur laisser le choix entre la droite et les nationalistes dans les prochaines années. Un projet républicain de paix et de progrès doit être construit avec l’ensemble des acteurs engagés dans la vie politique, associative et syndicale corse.

Un scénario à la catalane n’est pas écrit. Pour cela, il faut une ambition politique forte et en finir avec le mépris généralisé de nos responsables politiques pour la Corse et ses habitants. L’absence de position de l’ensemble de la Gauche ces dernières semaines en a été la plus récente démonstration. Face aux discours sécessionnistes, nous devons rappeler haut et fort que la Nation est notre commun et que nous ne pourrons envisager un avenir souhaitable et durable qu’en commun.

Parce que nous sommes de Gauche, nous ne soutenons pas le projet porté par les nationalistes dans ces élections. Parce que nous sommes internationalistes, nous ne pourrons défendre la création de frontières nouvelles: nous voulons rapprocher les peuples et non les diviser.

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