Vendredi 8 décembre, nous étions plus de 150 pour la première édition des Ateliers en Commun. Pendant plus de trois heures, des camarades et amis venus des quatre coins de l’hexagone sont venus débattre et proposer.
Au menu de la soirée, quatre thèmes:

L'Europe, une fin ou un moyen ?

Le travail: robots de tous les pays unissez-vous ?

République: libertés publiques, j'écris ton nom

Démocratie: notre Parti pris

Si tu veux animer localement, dans ton quartier, ton village ou ta ville des évènements similaires, n’hésite pas à nous contacter en nous écrivant à
Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin
Atelier #1 - L’Europe, une fin ou un moyen ?

Nous avons répondu unanimement notre attachement au projet européen, au même moment où
une partie de la gauche extrême s’enfonce dans la contestation violente de l’Union Européenne et
prend le chemin d’un nationalisme revendicatif.
Pour autant, nous pensons que les termes du débat dans le camp progressiste ne peuvent plus se
poser en « partisans d’une Europe fédérale » d’un côté contre « défenseur d’une Europe des
Etats » de l’autre. Le Brexit a montré que l’horizon « euro-béat » d’une intégration toujours plus
poussée, qui se ferait sans les peuples , vers des « Etats-Unis d’Europe » n’est pas une
perspective réaliste dans les prochaines années. A l’inverse, la crise migratoire qui a secoué
l’Europe à partir de 2015 constitue la véritable rupture de ce début de XXIe siècle au niveau
européen. Elle questionne l’ensemble de notre ordre politique, économique et social, appelant à la
création d’une communauté de destin européenne et une politique ambitieuse à l’échelle
régionale.
Nous sommes conscients du moment historique dans lequel nous nous trouvons. Alors que nous
pensions depuis 1945 que l’intégration européenne était un processus linéaire, nous nous rendons
compte pour la première fois que la « désintégration » est une perspective tout aussi
envisageable. L’UE peut disparaitre. Partout la démographie est en berne et la croissance
économique molle. Au Sud, les conséquences des politiques d’austérité se font encore sentir. Au
Nord et à l’Ouest, les partis populistes prônent le replis et la sécession. A l’Est, le monde post-
soviétique est rattrapé par des tentations autoritaires de rejet des valeurs fondamentales
européennes.

Nous sommes résolus à porter au sein de notre famille plusieurs propositions.
Recréer des communs au niveau européen
L’Europe doit retrouver le chemin de l’intérêt général et du bien commun en s’attaquant
drastiquement aux lobbies au sein des institutions bruxelloises. L’évasion fiscale doit être
combattue avec plus de force, en n’hésitant pas à pointer du doigt les pratiques déloyales et
illégales de ses membres comme le Luxembourg, l’Irlande, Malte et les Pays Bas.
La mise en place d’un traité de convergence sociale entre les Etats membres qui devra inclure
des dispositions sur la sécurité sociale, l’assurance chômage, le droit des consommateurs afin de
lutter contre le dumping social entre les individus et accroître la guerre économique de tous contre
tous.
Au niveau des institutions, nous proposons de créer un Ministre européen de l’environnement
et du climat qui serait chargé de mettre en place un plan d’action harmonisé de réduction des
émissions polluantes. Son budget pourrait être abondé par la mise en place d’une Taxe Carbone
aux frontières extérieures de l’UE.
Nous proposons aussi d’augmenter significativement le budget alloué à la connaissance en
élargissant aussi ses prérogatives à d’autres secteurs tels que la formation professionnelles et la
mobilité sociale des travailleurs face à la révolution numérique.
2. L’Europe, une puissance qui doit compter sur la scène internationale
Nous sommes convaincus que l’Europe a un rôle à jouer et une voix à faire entendre dans le
monde. L’Europe a la capacité d’influencer, de créer de la norme et d’agir comme puissance
médiatrice dans le règlement des conflits mondiaux. Pour cela, nous devons sortir d’une
conception géographique et culturaliste de l’identité européenne pour faire de la Méditerranée
notre horizon politique naturel. Nous pourrions être à l’initiative d’une grande conférence de la
paix et du désarmement en Méditerranée pour faire de cette mer un espace de sécurité
collective.
Notre voix sera plus forte avec la constitution d’une autonomie militaire à l’égard des Etats-Unis en
allant plus en avant dans la formation d’une Défense européenne.
Enfin, nous devons revoir nos traités de libre-échange avec les pays en développement en
favorisant le « juste-échange » et limiter les politiques néolibérales d’affaiblissement des
économies locales.

 

Atelier #2 - Le travail : robots de tous les pays unissez-vous ?

Notre atelier, dès l’évocation de son intitulé, a d’abord interpellé les participants sur plusieurs
constats : révolution digitale, mutation du travail, accélération du progrès technologique,
failles dans notre système de protection sociale et dans notre système éducatif.
Unanimement, nous avons rejeté la thèse de la disparition du travail en affirmant
collectivement, après un premier tour de parole, que ce n’est pas de travail que nous
manquons, mais d’emplois. Ensuite, les échanges ont porté sur la nécessité d’assurer une
sécurité sociale professionnelle globales pour protéger des parcours de plus en plus mobiles

en attachant une attention particulière à la formation initiale et tout au long de la vie. Enfin,
après un témoignage personnel, nous nous sommes retrouvés sur le fait que l’Etat doit être
un employeur exemplaire.
1. Un problème d’emplois, pas de travail
D’aucuns affirment de plus en plus régulièrement que le travail serait en voie de disparition.
Les participants de notre atelier sont naturellement entrés dans le sujet par cette réflexion. Et
rapidement, nous avons convenu que ce n’est pas de travail dont manque notre société,
mais d’emplois. Accompagnement de la dépendance, vieillissement, petite enfance,
encadrement de pratiques culturelles ou sportives, etc… les besoins en travail sont légions
dans certains domaines d’activité, mais peu investis par le secteur marchand puisque
souvent orientés vers le bien être et la solidarité, et par définition, non lucratifs. C’est ainsi
d’emplois que nous manquons. Si le constat émis par une récente étude du MIT, affirmant
que l’introduction d’un robot dans un bassin économique générait la disparition d’environ 6
emplois confirme la tendance destructrice de la robotisation et de la digitalisation, nos
discussions ont également appuyé le fait que les technologies étaient génératrices de
création d’activité. Pour autant, peut-on affirmer que la balance finale soit positive ? C’est
peu probable. En quelques années, les 55 salariés de WhatsApp ont généré plus de 34Mds
$ de bénéfice, équivalent à ce que la totalité des usines françaises de Peugeot ont pu
dégager en près de cent ans. On le voit, les machines et les logiciels, notamment dans
l’industrie, font mieux et plus vite les tâches auparavant dédiées aux travailleurs. Aussi, il est
nécessaire que les secteurs regorgeant de besoin de travail soient investis, d’abord et
notamment par l’Etat. L’extension de l’action de l’Etat aux problématiques du vieillissement
et de la petite enfance notamment permet à la fois de répondre à de nouveaux risques
sociaux et ainsi d’étendre le champ d’action du service public et de créer de très nombreux
nouveaux emplois publics ou para-publics.
2. Protection Sociale : étendre les missions et les recettes
Face à la mobilité professionnelle ou géographique induite par les transformations à l’œuvre
dans le monde du travail ainsi qu’aux nouvelles carrières moins linéaires et plus agiles, il est
nécessaire de façonner une sécurité sociale professionnelle en mesure de protéger les
individus dans un monde qui n’a plus grand-chose à voir avec celui dans lequel les
dispositifs actuels furent pensés et conçus. En poussant la logique du rattachement des
droits à la personne, en garantissant des droits à la formation, et à l’accès aux qualifications
et le soutien de l’état en cas de perte d’emploi c’est finalement sur le socle du Compte
Personnel d’Activité qu’il faut tisser, avec plus d’ambition, cette sécurité sociale
professionnelle adaptée au monde qui vient. Les participants du groupe de travail ont
également abordé la question du financement d’une protection sociale étendue ; emplois
publics dans des secteurs économiques porteurs en perspectives d’emplois mais par
définition non-rentable, extension des protections nécessiteront probablement d’accepter
une hausse de la dépense publique. Pour autant, il sera aussi nécessaire de repenser notre
fiscalité, à l’échelle nationale et européenne en se posant la question des solutions à
apporter à un glissement progressif de la création de richesse vers le capital plutôt que vers
le travail. De plus, la question de la manière de mettre à contribution les gagnants et les
géants du numériques, qui bien souvent ne paient aucun impôt sur leurs activités réalisées
en France est impérative.
3. La formation tout au long de la vie
Le progrès technologique, on le sait, est exponentiel. C’est-à- dire que la période séparant
deux innovations disruptives tend, à chaque nouvelle découverte, à se réduire. Aussi, ces

progrès interrogent à chaque fois qu’ils interviennent, les compétences utiles à un
travailleurs à rester complémentaire, et non concurrent, de ce qu’une machine ou un
algorithme peut réaliser. En effet, ces derniers réalisent mieux, plus rapidement et avec plus
de rapidité qu’un humain un ensemble de tâche de plus en plus vaste. De plus en plus, les
individus auront besoin de mobiliser des compétences réflexives, sociales, analytiques dans
leurs activités professionnelles tout en détenant les codes et compétences utiles à
comprendre et agir dans un monde numérique. Ne pas penser, maintenant, l’école face à
cette évidence c’est prendre le risque de propulser des jeunes dans un monde professionnel
dans lequel leurs compétences sont déjà caduques. Le système éducatif doit lui aussi
connaître sa révolution : approche trans-disciplinaire, travail de groupe, développement de
soft skills, principes fondamentaux portés à quatre « lire-écrire- compter-coder ».
Parallèlement, la formation tout au long de la vie doit devenir une norme, et un droit. En effet,
même l’individu le mieux formé devra régulièrement et rapidement dans sa carrière, mettre à
jour ses compétences. Pourtant, notre pays est encore loin d’être une référence en la
matière et les individus ayant le plus recours à la formation tout au long de la vie sont
souvent, paradoxalement, ceux qui peuvent déjà compter sur un bon niveau initial et sont
donc, a priori, les plus éloignés du risque de décrochage professionnel. Si le chantier en ce
sens est dense, une priorité doit être fixée au soutien à la capacité de chaque individu qui
n’aurait pas acquis de diplôme du supérieur (le baccalauréat en étant le premier) de le faire à
n’importe quel moment de sa vie, en disposant des mêmes droits et dispositifs que s’il avait
connu un parcours linéaires. Pour cela, le groupe de travail a approuvé la création d’un
Capital Universel de Formation sous forme d’une dotation initiale en points sur le
Compte Personnel de Formation, permettant à minima la reprise de 3 années d’études
avec maintien d’un niveau de vie décent, et versé dès 16 ans sur le compte personnel
d’activité de chaque citoyen français.
4. Etat : l’employeur exemplaire
Avec le phénomène d’émergence des plateformes, nous voyons poindre de nouveaux
risques de contournement des réglementations grâce à d’habiles montages ou de vulgaires
fraudes. Quoiqu’il en soit, la puissance publique tend de plus en plus à rappeler à l’ordre et à
sanctionner certaines entreprises comme Uber, AirBnb. Si cela est légitime puisque
consistant à faire appliquer notre loi, il est regrettable que la puissance publique elle-même
ne fasse pas office de modèle en matière d’emploi. Recours de plus en plus important aux
contrats courts et précaires, stress au travail, conditions de travail non décentes…les
exemples sont de plus en plus nombreux, et de plus en plus criants, depuis plusieurs
décennies. L’Etat, ainsi que les collectivités territoriales, doivent être exemplaires et
garantir, en ce qui concerne les emplois dont ils ont la charge, des conditions dignes,
un strict respect des législations et réglementation ainsi que des parcours
sécurisants. Certains secteurs de la puissance publique comptent une part écrasante de
travailleurs précaires ; c’est notamment le cas de l’Université. Ceci n’est pas acceptable et
doit trouver une réponse ambitieuse. L’action des agents de l’Etat est avant tout une action
de service public, d’intérêt général, la qualité de cette action dépend également de
l’environnement de travail qui leur est proposé.

 

Atelier #3 - La République : libertés publiques, j’écris ton nom

La République est un mot qui, trop souvent lancé à tort et à travers, peut parfois nous paraître
galvaudé… Pourtant, ce mot porte en lui la promesse de l’émancipation républicaine que la
Gauche a toujours eue à cœur de défendre. Alors que nous assistons toutes et tous à la montée
des particularismes, au triomphe de l’individualisme et au délitement de notre société, comment
recréer le Commun socle d’une République forte ?

1. Une République laïque : pour une position Commune au sein de notre parti
La République s’est constituée notamment en se distinguant du pouvoir religieux : la laïcité en
est une caractéristique fondamentale. Suite au départ de plusieurs personnalités aux positions
clivantes sur cette question au sein de notre camp politique, il est désormais temps de poser ce
débat et d’adopter une position Commune.

Proposition : Définir au sein du PS et porter une position unique, claire et profondément
républicaine sur la laïcité.
2. Faire République : recréer du Commun au sein du corps social
Alors que l’inégalité entre les territoires progresse, elle se caractérise également par une grande
herméticité et un recul inédit de la mixité, qu’elle soit sociale ou géographique. Notre société
manque de passerelles et de brassage, afin de construire du Commun entre ses membres pour
qui « faire République » a de moins en moins de sens.
Proposition : Créer un service civique, militaire et humanitaire, obligatoire, à réaliser dans
une autre région que sa région d’origine.
3. Faire vivre la République : les acteurs quotidiens du Commun
Pour refaire du Commun, le rôle de l’Etat est primordial. Une mauvaise répartition des
ressources, budgétaires et humaines, est parfois extrêmement dommageable à la République :
situation du tribunal de Bobigny, affectation des professeurs ou policiers en sortie d’écoles dans
les territoires les plus difficiles, cloisonnement excessif des administrations en comparaison à
l’évolution des priorités…
Proposition : Refondre le droit de la fonction publique pour permettre notamment davantage
de mobilité entre les trois fonctions publiques et les organisations, ainsi que des dispositifs
incitatifs pour attirer les fonctionnaires expérimentés dans les territoires en difficulté.
4. Financer la République : se donner les moyens de faire du Commun
Recréer du Commun ne peut se faire sans moyens financiers. L’ensemble de la Communauté
nationale est responsable de faire vivre la République : tout détenteur d’un passeport français a
des droits ainsi que des devoirs, dont celui de contribuer au bon fonctionnement de celle-ci.
Proposition : Adopter le système américain de la différence d’impôts, afin que les citoyens
français résidant dans un pays à la fiscalité plus faible que la France verse la différence d’impôts
à son pays, la France, faute de quoi il renonce à sa nationalité.